Soirée d'été des cartels d'art-thérapie

Ce qui ne se referme pas – Retour sur la Soirée d’été des Cartels d’Art-Thérapie

Six mois de cartels. Nous nous sommes réunis non pour faire un bilan, mais pour mettre au travail une seule chose : la question qui résiste.

La consigne était volontairement étroite. Pas de récit de parcours, pas de présentation d’avancées. Chaque cartelisant venait avec ce qui l’avait arrêté — ce qui s’était ouvert sans se refermer. Et pour préparer la rencontre, deux invitations : penser à ce que le cartel avait fait bouger d’une question qu’on ne se posait pas encore en janvier ; et laisser venir, sans chercher à illustrer ni à produire, quelque chose — un geste, une trace, un objet.

D'une définition à une opération

Un des mouvements les plus nets qui a traversé les échanges tient en une bascule de formulation : partis de « qu’est-ce que le trauma ? », les deux cartels cartels se sont retrouvés à travailler plutôt « qu’est-ce qui fait trauma ? » . Chercher une définition, c’est chercher un objet stable, quelque chose qu’on pourrait circonscrire. Chercher ce qui fait trauma, c’est se déplacer vers l’opération, l’effet, la rencontre elle-même — ce qui, dans un moment donné, produit l’effraction plutôt que ce que serait le traumatisme en soi. Ce déplacement a été nommé comme un affinement, pas comme une réponse.

Le bocal

Une image a émergé pour dire ce que c’est que de travailler ainsi : un bocal en verre rempli de boules de polystyrène. On les attrape, elles vont ailleurs. Elles collent, elles échappent, elles agacent. C’est une image de frustration autant que de mouvement — rien ne se laisse saisir une fois pour toutes, et c’est précisément dans cette résistance à la préhension que quelque chose continue de se passer.

Ce même mouvement a été décrit sous d’autres formes : l’ouverture d’un thème qui fonctionne comme une porte ou un éventail qui se déplie, auxquels viennent s’accrocher des éléments qu’on n’avait pas anticipés ; un travail qui progresse par affinements successifs et rebonds plutôt que par accumulation linéaire ; l’imprévu comme condition de chaque rencontre, alors même que le thème de départ reste le fil rouge d’une rencontre à l’autre.

Ce qui a bougé sans se conclure

Le lien avec la clinique a traversé les échanges comme un fil constant, sans qu’aucun cartel n’ait cherché à le stabiliser en méthode ou en protocole. Une question s’est dégagée, presque comme une image de synthèse pour l’ensemble : comment recomposer quelque chose à partir de nos petits morceaux — comment on raccroche ça, sans en faire un tout qui gommerait les morceaux eux-mêmes.

Pour certains, ce travail a aussi déplacé quelque chose de plus discret : non pas une réponse à la question de départ, mais un ajustement. Ce déplacement ne referme rien ; il ne répond pas à la question, il change la manière dont on continue de l’habiter.

Rien n’est résolu. Des questions existent aujourd’hui qui n’existaient pas en janvier, et ne pas les avoir résolues ne veut pas dire qu’elles n’ont pas bougé.

C’est cette forme de mouvement — sans clôture, sans bilan — que la soirée a donné à voir.

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